Jean-Pierre Estebe

C’est avec une immense tristesse que j’ai appris le décès brutal de Jean-Pierre Estebe. Je pense que peu de vétérinaires savent qui est Jean-Pierre et pourtant il a joué un rôle majeur pour la profession et j’ai pensé qu’il était important de lui faire un dernier hommage appuyé.
Jean-Pierre était médecin, anesthésiste-réanimateur et spécialiste de la prise en charge de la douleur, grand amateur de rugby et il était surtout mon copain.
J’ai rencontré Jean-Pierre en 1999, lorsque je débutais ma thèse d’Université à la Faculté de Médecine de Rennes. Nous travaillions dans le même laboratoire et je me passionnais finalement plus pour ses travaux de recherche sur le développement de la bupivacaine encapsulée que pour les miens. Il était une source inépuisable de connaissances et on ne pouvait que boire ses mots lorsqu’il parlait de prise en charge de la douleur et d’anesthésie locale.
Il a fait des pieds et des mains pour que je sois le premier vétérinaire a être accepté au Diplôme d’Université de prise en charge de la douleur de l’Université de Rennes en 2001. Aujourd’hui, même si les vétérinaires ne figurent pas encore officiellement sur la liste de ceux à qui s’adresse ce DU à Rennes (contrairement à d’autres villes), beaucoup de vétérinaires l’ont obtenu. Nous avons co-animé des congrès avec Jean-Pierre, dont le plus mémorable a été le Symposium REVEDA sur la douleur en juin 2008. Avec tous les autres conférenciers, nous nous étions mis au défi de répéter 10 fois un mot insolite dans notre exposé. J’étais tombé sur « méduse » et Jean-Pierre sur « camembert ». Son exposé n’en a pas été moins brillant et ce symposium a été à l’origine d’une vocation et d’un fabuleux projet que tout le monde connait : CapDouleur !
En m’aidant à transposer les techniques modernes d’anesthésie loco-régionale de la médecine humaine à la médecine vétérinaire il répétait souvent : « Les progrès de la médecine se sont fait aux dépends des animaux : il est temps qu’eux aussi en bénéficient ». Sous son impulsion, un travail de recherche puis une publication parue en 2008 dans le Veterinary Anesthesia and Analgesia a marqué le point de départ du développement des techniques de neurostimulation puis d’échographie en anesthésie loco-régionale vétérinaire : des spécialistes en anesthésie vétérinaire ont dit que les auteurs de cette publication avait su « montré une direction à suivre », mais cette direction avait été montrée par Jean-Pierre. Grace à lui, j’ai acquis mon expertise dans ce domaine et j’ai pu voyager et à mon tour transmettre ces techniques en Europe, aux Etats-Unis, en Chine, en Afrique du Sud.
Jean-Pierre faisait parti du Comité Pédagogique et Scientifique de l’organisme de formation Bestin’Vet : très impliqué dans ses fonctions, il était toujours le premier à répondre à mes sollicitations, à participer et à développer le contenu et la qualité des formations.
Jean-Pierre était spécialiste de la prise en charge de la douleur : malheureusement, il y en aura une qu’il ne pourra jamais soulager, c’est celle que je ressens aujourd’hui.
Stephan Mahler